Enig Marcheur, de Russell Hoban

Parution le 23 octobre



Le livre
« Ce n’est pas un livre sur le passé déguisé en roman sur l'avenir. Au contraire, c’est un livre sur l'illusion du progrès, un livre sur ce rêve humain et confus qu’est l'Histoire, un livre sur les différentes facettes de la conscience. C'est un livre grandiose, un livre exigeant, un livre déstabilisant. » — Will Self Dans un futur lointain, après que les feux nucléaires aient ravagé le monde – le Grand Boum –, ce qui reste des hommes est retombé à l’âge de fer, leur survie sans cesse mise en péril par les chiens mangeurs d’hommes et les autres clans. L’ignorance, la peur et les superstitions ont pris le pouvoir, et la langue n’est désormais plus qu’un patois menaçant et vif dans lequel subsiste par fragments les connaissances du passé. C’est là que Enig Marcheur, douze ans, va prendre la décision inédite de mettre par écrit les aventures hors normes qu’il mène à la poursuite de la Vérité en revenant sur les pas des hommes à l’origine du Sale Temps. Road-moavie post-apocalyptique, Enig Marcheur est avant tout une oeuvre profondément humaine qui s’interroge tout à la fois sur la survie, les croyances, la politique, la manipulation et l’espoir. Raconté avec les mots d’un enfant de douze ans dans la seule langue qu’il connait, ce livre propose un voyage intimiste dans des contrées  menaçante d’une rare intensité. Publié pour la première fois en 1980, qualifié de chef d’oeuvre, de livre culte et classique, ce livre monthy pynchonesque, ce défi de traduction à la croisée des univers de Vonnegut,  Pynchon, Self et McCarthy, est enfin disponible. 

L'auteur
Russell Hoban est né le 4 février 1925 en Pennsylvanie et décédé le 13 décembre 2011 à Londres.  Graphiste et illustrateur au début de sa carrière, il a travaillé pour la télévision, la publicité et le cinéma. Son premier livre est paru en 1960. Jusqu’à sa mort soudaine, il a exploré à travers ses livres, qu’ils soient fantastiques ou ancrés dans la réalité, que ce soit des livres romans historiques ou des livres pour enfants, l’humanité, les croyances et les liens profonds qui relient chacun de nous. Il vivait en Angleterre. Il a reçu de nombreuses récompenses pour Enig Marcheur. À sa mort, il était considéré comme l’un des plus grands auteurs américains contemporain.





Préface de Will Self
"Ce livre brise les règles présumées de la composition littéraire. Bien entendu, de telles règles n’existent pas vraiment, ou alors si elles existent, elles sont là pour les abrutis qui veulent que le naturalisme leur soit enseigné par un crétin dans les marais de Cambridge. Et les types de ce genre disent : «Oh, non, on ne peut pas situer l’action d’un livre dans un avenir lointain » (ni dans un avenir proche, d’ailleurs), et : «Oh, non, on ne peut pas écrire un livre dans un dialecte complètement inventé, ayant son propre idiome.» Je vous le dis, c’est une chance que ces types aient tous disparu et se soient envolés par la fenêtre tandis qu’Enig Marcheur est toujours bel et bien vivant. Je ne pense pas que je pourrais supporter de vivre dans un monde avec eux alors que ce livre n’existerait plus.
L’une des objections que ces débiles opposeront aux livres comme celui-ci est qu’il cite nommément des éléments de la période où il a été écrit et ose croire qu’ils survivront non seulement à l’époque suburbaine ordinaire mais, aussi, à un cataclysme majeur. Ainsi, dans Enig Marcheur, les habitants d’un Kent post-holocauste nucléaire, où la technologie a régressé au niveau de l’âge de fer, fument du hasch et le roulent dans des Rizla+. Je ne pense pas que ce soit un anachronisme, car l’ingestion de hasch me semble tout à fait le genre de pratique correspondant à l’âge de fer. Je ne parle même pas de se défoncer, mais de la manière dont ce truc s’incruste sous vos ongles, et de sa texture brute, comme si c’était de la terre.
Quoi qu’il en soit, c’est le seul produit qui soit désigné par son vrai nom dans Enig Marcheur. Si l’on veut en extraire d’autres, il faut lire le texte avec beaucoup d’attention. Je l’ai fait et je n’ai rien trouvé. La présence du hasch a du sens aussi en raison de son rôle dans le monde décrit par le livre. Ce sont les gens du spectacle itinérant et leurs interprètes locaux qui sont payés en «par» de hasch, ce qui semble assez logique. Le hasch est une substance qui invite à la divagation, or, la mission de ces hommes est de promouvoir un gouvernement via un accès collectif à des récits de rêves et à des rêves de récit, autant de fragments d’une conscience collective qui a été brisée comme un saladier en verre lâché sur un carrelage. Du moins, c’est ce que je pense.
De plus sérieuses objections porteront sur la question de l’holocauste nucléaire. Certes, ce fut une obsession de l’après-Seconde Guerre mondiale, mais qui a complètement disparu avec la fin de la guerre froide. Chaque génération a l’angoisse de la fin du monde qu’elle mérite; elle fut transcendantale, puis devint élémentaire, et aujourd’hui elle est environnementale. C’est un des problèmes inhérents à la fiction futuriste, plus susceptible de se périmer que des écrits sur le présent et assurément plus que la fiction historique. (Même si, avec le recul, on peut tout à fait discerner à quel point la peinture que brosse telle époque d’une autre est un portrait d’elle-même.) Je pense que c’est pour cela que tant d’écrivains contemporains situent leurs romans exclusivement dans le passé: ils s’imaginent que dans la torsion entre passé et présent réside une force puissante qui propulsera leur œuvre à la postérité. étant si peu sûrs de ce qui arrive au monde sous leurs propres yeux, ils estiment préférable de battre en retraite vers une inflexible Arcadie aux valeurs réelles – et fictives.
Or, Enig Marcheur n’est nullement périmé. Au contraire, ce roman est aussi frais et vivace aujourd’hui qu’il l’était à sa première publication, il y a trente ans. Mon intuition est que, compte tenu des caractéristiques particulières (et quasi uniques) de ce livre, cette survie indique qu’il continuera de galoper vers le futur pour devenir la plus indémodable des choses: un classique.
Le fait que l’action se déroule dans un monde post-holocauste nucléaire n’est déterminant ni pour le sens ni pour les effets d’Enig Marcheur, car ce n’est pas un livre sur le passé travesti en roman sur l’avenir. C’est un livre sur l’illusion du progrès, sur ce rêve collectif et confus que l’humanité nomme «Histoire», sur ce que pourrait être la conscience. C’est un livre grandiose, un livre exigeant, un livre déstabilisant. Même si ce qui peuple le monde d’après la chute décrit dans ses pages provient de notre ère technologique de diffusion télévisuelle, de transports aériens et d’énergie nucléaire, Enig Marcheur pourrait se dérouler sur les cendres de n’importe quelle civilisation, celle des Romains ou des Sumériens, celle des Mayas ou des Harappéens. De fait, il n’est que trop aisé d’imaginer un film ou une production théâtrale d’Enig Marcheur qui se déroulerait aux pieds des statues mégalithiques de l’île de Pâques. Tout ce qui est central dans ce livre peut être résumé dans la complainte de notre héros, tandis qu’il se tient sous les «ganrr rou bryllantes» à Cul Brûlé: 
«O ce qu’on été ! Et où on en est rivé ! (…) Comment pouvv ton pas vouloir rtrouvv les Nergies bryllantes de l’époc d’entend ? Comment pouvv ton pas vouloir être comme eux qui avé des bateaux dans l’ésert et des imaj sur le vent ? Comment pouvv ton pas vouloir voir ces rou ­bryllantes tourner ?»  
 La grande fulgurance de Hoban a été de saisir que le contraire de l’orgueil est la honte (ou plutôt, que la honte en est sa conséquence, sa gueule de bois, sa tête boursouflée dans l’aube grise de la capitulation culturelle). En plantant dans le mythe de la honte judéo-chrétienne la graine de l’orgueil de l’humanitarisme prométhéen, Hoban a créé un portrait intemporel de la condition humaine. Nous sommes, à jamais, condamnés à éprouver de la honte pour notre indifférence à l’égard de l’environnement. La conscience est affaire de dualité, et pourtant la destruction de cette conscience (à la fois symbolisée et potentiellement actualisée par la fission nucléaire), n’aboutira qu’à davantage de honte.
Cette honte est le moteur affectif d’Enig Marcheur, et elle fournit – en l’occurrence – les émotions particulières qui ­traversent le livre. Enig lui-même est à la fois un prophète en devenir et un homme d’action. Il accomplit les choses – et, ensuite, en fait un compte rendu. Pour le monde post-apocalyptique de l’«Anterre», qui tente un laborieux retour vers la conscience (à la fois individuelle et collective), il est le premier écrivain. Croupissant dans la honte et désireux de retrouver la connaissance d’un passé dont il n’a qu’une très vague idée, il se lance dans une série de randonnées cauchemardesques à travers un paysage vague et terrifiant.
La conscience qu’a Enig d’une race de superhéros ayant vécu avant est à la fois propre à sa situation et typique (dans la mesure où nous pouvons la comprendre) de la topographie mentale de nombreux
peuples à ce stade de leur évolution. Enig arpente certes les routes recouvertes d’herbes folles du Kent de la fin du XXe siècle, mais il traverse aussi des sentiers mythologiques, qui, au gré de leurs lignes droites et de leurs virages, contiennent l’encodage de l’existence elle-même. Enig est un jeune aborigène d’Australie en vadrouille, c’est un héros homérique lancé dans une odyssée; ou tout autre individu qui cherche à découvrir la nature de son univers.  
Un mot sur le parlénigm. Je ne veux pas anticiper sur l’exposé de Hoban traitant de ce sujet dans sa postface – mais je ne peux pas l’éviter. Enig Marcheur est un livre difficile à lire – inutile de le nier. En obligeant le lecteur à ralentir, Hoban n’accorde nulle faveur à son texte, tout en lui témoignant le plus grand des respects. On ne veut pas du lent, on ne veut pas du réfléchi, on ne veut même pas du profond. Le faux naturalisme qui contamine tant de textes n’est pas une convention arbitraire, c’est l’essence même de ce qu’est l’identité moderne. L’idée que ce que je vous dis sera immédiatement et lucidement compris est l’une des chimères les plus prosaïques de cette époque de grande névrose. Chacun veut être compris, comme si le monde était en mesure de fournir un amour inconditionnel. C’est de la foutaise. Enig s’adresse à nous avec son jargon à la fois parlé et écrit depuis l’aube de la culture lettrée, et c’est dans la crudité furieusement phonétique (de notre point de vue) de son orthographe que gît la vigueur de son accès à l’existence: Enig lutte pour faire émerger un sens d’une langue écrite incomplète, et, ce faisant, exige que nous fassions de même. Hoban confie qu’il lui a fallu cinq ans et demi pour écrire le roman et qu’en arrivant au bout, il était devenu mauvais en orthographe. Je vous garantis qu’après une lecture – peu importe le temps qu’elle vous prendra – vous ne parviendrez plus à vous débarrasser du langage d’Enig, ni de sa façon de voir le monde. Pourtant, à partir du moment où l’on est capable de lire Enig Marcheur couramment, on a dépassé le monde dont Enig lui-même fait l’expérience. La sensation de tâtonner dans le noir que vous aurez en déchiffrant ce texte est exactement le sujet dont il traite. Une authentique praxis fictionnalisée.
À la toute fin du film original de La Planète des singes, ­l’astronaute joué par Charlton Heston s’échappe de la société dominée par les singes et chevauche le long du littoral désert. Très vite, il rencontre la statue de la Liberté, ensablée jusqu’au cou, et il se rend compte (de même que les spectateurs du film) que ce qu’il croyait être une planète extraterrestre est en fait notre propre Terre dans un avenir lointain. À mon sens, cette image choquante, diffusée à la fin de la plus prométhéenne des décennies, les années 1960, a été une sorte de tocsin, alertant l’humanité de la folie de la quête dans laquelle elle s’était lancée, celle de l’immortalité et des étoiles. Enig Marcheur offre au lecteur la possibilité de faire, page après page, l’expérience de ce bouleversement. Libre à lui de s’émerveiller ! "



Un héros au coeur et au charme
d’Huckleberry Finn, mis en lumière
par El Greco et baigné d’un humour
truculant, Enig Marcheur est profond et
farouchementmis en scène, et – ce qui
importe le plus – intensément marquant.
— The New York Times

Voici ce que la littérature est censé être.
— ANTHONY BURGESS

Russell Hoban nous livre ici
un tour de force extraordinaire plein
d’imagination et de style. La puissance et la
cohérence sont totales. Drôle, terrible,
obsédant et troublant, ce livre
est un chef-d’oeuvre. 
— The Observer

Extraordinaire, baigné de mélancolie
et d’émerveillement, magnifiquement écrit,
Enig Marcheur est un roman que les gens
liront pendant très, très longtemps.
— Washington Post

Superbe, délicieux, conçu pour empêcher
que le lecteur moderne ne devienne stupide.
— The New York Times

env. 300 pages - 22 euros

Service de presse réalisé conjointement avec Anne Vaudoyer, attachée de presse indépendante, tél : 06.63.04.00.62, avaudoyer@gmail.com